Vous avez dit « improviser » ?
« Pour un marteau, tout est une enclume. » Proverbe populaire

On sait qu’en Systema, on n’enseigne pas de techniques mais des principes. Beaucoup de documents Youtube sont dispo là dessus. Ce qu’on trouve en revanche moins c’est une pensée de l’improvisation. Pourquoi serait-elle nécessaire ? Ben peut être parce que si on demande à à peu près n’importe qui, y compris certain.es pratiquant.es de Systema, qu’est-ce que l’improvisation ? la réponse sera plus ou moins quelque chose comme : c’est faire ce qu’on veut.
Or si on adopte cette définition de l’improvisation, il serait légitime de se demander alors en suivant : pourquoi s’entraîner à improviser ? Est-ce qu’on ne peut pas juste apprendre d’un côté quelques techniques, de l’autre (voire en même temps) quelques principes puis éventuellement passer au combat libre sans chichi. On improvisera pendant le libre. Est-ce que cette histoire d’impro ne serait pas juste une flemme à se décaler, à apprendre de nouvelles choses ? Est-ce que l’improvisateur.ice ne serait pas juste en train de répéter ce qu’iel sait faire ?
Je pense toutes ces questions légitime, partant d’une telle définition, fût-elle inconsciente, de ce qu’est improviser.
Disons le tout de suite, si certain.es s’entraînent à improviser c’est que l’improvisation ne se réduit pas pour elleux à faire-ce-qu’on-veut. Pour en parler un peu, je propose un petit détour par des questions que se posent des improvisateur.ices de Contact Impro, une sorte de danse collective et improvisée de la chute.
« Comment se prépare-t-on à participer d’une relation immanquablement singulière?Comment improvise t’on une relation à l’autre au présent, qui ne serait pas la répétition d’une situation déjà éprouvée mais qui aurait la saveur d’une première fois ? »1
Ces questions sont celles que je me suis posé à un moment de mon parcours en Yoseikan où, alors récente ceinture noire on m’a suggéré que dorénavant j’allais pouvoir/devoir être créatif, mettre ma propre touche, affiner mon style de combat. Autant de propositions qui à l’époque m’ont laissé un peu sans voix. Comment être créatif quand tout ce qu’on m’a appris c’est à rentrer dans un moule postural, technique et rythmique ? Par quelle méthode entraîner cette compétence magique qui me permettrait de faire du moi à partir de ce que j’ai appris ? A l’époque on m’avait parlé de travail les yeux fermés, d’orienter mon entraînement sur les perception mais sans m’apporter rien de concret. C’est bien le Systema, mais peut-être plus encore le Contact Improvisation qui ont commencé à me faire avancer sur ces questions…
Revenons à cette histoire du Systema d’enseigner des principes pas des techniques. A l’époque où j’ai commencé il était d’usage de comptabiliser 4 principes : le mouvement, la respiration, la posture et la relaxation.
Je vais le dire un peu abruptement :
aucun de ces principes ne répond à ce qu’est improviser pour moi aujourd’hui.
Si, sans pour autant avoir de réponse définitive, j’accepte qu’improviser soit une réponse aux questions d’Alice Godfroy précédemment citées. Si improviser c’est permettre l’émergence d’une réponse sur-mesure à la situation singulière à laquelle j’ai à faire. Si improviser c’est sentir que mon geste est crée pour correspondre exactement à cette situation. Alors je le redis, aucun de ces principes ne peux me prémunir de répéter ad nauseam ce qui a déjà fonctionné auparavant.
Ici, attention ! On rentre dans un endroit important de la pédagogie des arts martiaux ! Si mon enjeu est d’être rapidement efficace en situation de danger, alors apprendre et répéter des gestes qui ont fonctionné est une stratégie qui a fait ses preuves. On pourra jeter un coup d’oeil aux combatives de Lee Morrison ou de Geoff Thompson. Peu de gestes, un apprentissage par conditionnement opérant, une efficacité indéniable…
A partir de là on pourrait se dire qu’improviser pour de la baston c’est peut être pas la priorité… Que cette histoire de pédagogie de l’improvisation est peut-être une mauvaise piste même en parlant de Systema.
Ce n’est pas mon avis. Je persiste à définir ma pratique du Systema comme une pratique d’improvisation. Et si je choisis une telle pédagogie de l’improvisation c’est bien que je fais le pari qu’une forme d’efficacité peut être obtenue autrement. Or, je me répète, en me basant uniquement sur les 4 principes cités, je peux très bien répéter, répéter et encore répéter les mêmes gestes sur des situations différentes. Je serai bien placé, relax, je respirerait mieux et je bougerai avec plus de fluidité mais en aucun cas cela ne garantira ce qui fait la spécificité de la question de l’improvisation. Je pourrai être ce marteau qui voit derrière toute chose une seule : une enclume.
C’est donc qu’il faut préciser ce qu’est l’improvisation, de même que comment l’entraîne t-on ? Eh bien, réjouis-toi, c’est ce que nous allons faire dans cette série d’articles dédiés à la pédagogie de l’improvisation !
Et si ton enthousiasme est au plus haut va jeter un coup d’oeil à la page Stage et formation où une formation spéciale sur l’improvisation se trame pour Septembre 2026 avec l’ami Matthieu Gaudeau !
1Alice Godfroy in Perspective de la pomme, histoires, politiques et pratiques du Contact Improvisation, Piretti Editore, 2021, P248
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